Interview de la peintre photographe Monique Wender

Monique Wender est peintre photographe ou photographe peintre, c'est selon... Difficile de catégoriser définitivement cette artiste touche-à-tout car ses champs d'expression sont multiples : installations, objets, peinture, photographie. Le dénominateur commun qui relie l'ensemble de ses œuvres est le recours quasi systématique à l'image numérique, y compris là où l'on s'y attendrait le moins comme dans ses grandes peintures. Parole à l'artiste à présent qui lève le voile pour nous sur quelques uns de ses travaux et nous fait partager son penchant marqué pour le format panoramique bien sûr.

Photo panoramique de la plage de Pornichet de Monique Wender
Pornichet 1, 2015  © Monique Wender

Le recours à l’image numérique est une constante de votre production artistique, comment cette démarche a-t-elle démarré ?
J’ai commencé à travailler sur ordinateur au milieu des années 1980. J’avais envie de faire de la peinture à partir d’un ordinateur sans pour autant faire de la vidéo ou présenter des œuvres sur écran. Par exemple, je capturais des images de magazine avec une caméra de surveillance noir et blanc (seul procédé accessible pour moi à l’époque), je les retravaillais sur ordinateur en basse résolution puis je les imprimais. J’en faisais des installations qui permettaient de faire ressentir le foisonnement, le déversement médiatique interminable. J’aimais bien la trame très apparente. J’avais aussi fait une installation panoramique, déjà, Voiliers hommage à Monet, en référence aux Nymphéas, à partir d’une variation d’une même photographie. J’y voyais une correspondance entre les pixels des images numériques et les touches de peinture et aussi un rappel du travail sur la série que Monet a beaucoup pratiqué (Les Meules, Cathédrales de Rouen).

Il y a aussi chez vous la volonté de dépasser le cadre habituel du tableau, qu’il s’agisse des volumes ou des formats longs.
Avec ces premiers travaux, l’image d'ordinateur n'étant pas liée à son support comme la peinture ou la photo, je me suis beaucoup orientée vers les objets, justement pour essayer de sortir du cadre en produisant des volumes. À l’époque, c’était très à la mode, il y avait beaucoup d’artistes américains qui présentaient des œuvres en volume comme Donald Judd ou Sol LeWitt. C’est comme ça que j’ai commencé à faire des « images-objets ». J’ai ensuite fait beaucoup de photos à travers l’Europe qui m’ont servi pour réaliser des « packages d’images » et des films d’animation. Et puis, après ces années passées à travailler devant l’écran, j’ai eu besoin d’un travail physique, j’ai alors voulu refaire de la peinture mais toujours à partir de la photographie. Depuis 2006, je travaille sur des paysages urbains ou semi-urbains en peinture comme la série sur les toits de Paris ou en photo comme la série sur les plages.

Photographie panoramique d'une pelouse du parc de La Villette de Monique Wender
Parc de La Villette 6, 2014  © Monique Wender

À présent, dans vos peintures comme dans vos photos, vous semblez très attachée au format panoramique. Pouvez-vous nous en donner les raisons ?
C’est vrai mais je ne sais pas l’expliquer. C’est un format qui me plaît beaucoup, qui m’attire. Les Nymphéas de Monet par exemple, c’est fascinant non ? En fait, lorsque je suis revenue à la peinture, le format panoramique est venu naturellement. Pour moi, c’est le seul moyen de restituer le paysage dans son entier.

Votre technique picturale est assez particulière, pouvez-vous nous la décrire ?
Je fais d’abord des photos, que j’assemble si mon format est panoramique, puis j’effectue un gros travail de retouche et de recomposition. Je projette ensuite l’image en grand format sur la toile pour faire les tracés et enfin je peins à partir du modèle de l’image imprimée. En fait, mon souhait au départ de faire de la peinture à partir d’images d’ordinateur, je le réalise maintenant. Pour la série sur les toits de Paris qui a été mon premier travail de retour à la peinture, je suis partie de photos que je prenais depuis ma fenêtre. J’en ai fait quatre versions : une en couleurs naturelles, une en rouge, une en vert et une en bleu, en référence aux couleurs de l’ordinateur. Pour chaque image, j’ai réduit les formes pour arriver, sur la version en bleu, à de l’abstraction. Mais je n’ai pas continué sur cette voie, maintenant au contraire, je peins plus réaliste et surtout plus petit, même si j’aime les grands formats, car ces panoramiques sont difficilement exposables. La toile bleue, la plus longue, mesure 4,80 mètres !

Peinture panoramique Paris Porte de Pantin bleu de Monique Wender
Paris Porte de Pantin bleu, 2009  © Monique Wender

Ce travail photographique préalable explique le côté « pris sur le vif » de certaines de vos peintures comme celles dans le métro par exemple.
Oui, c’est vrai. J’ai travaillé dans le métro pendant trois ans. Là aussi, je faisais plusieurs photos puis un photomontage dans lequel j’associais un fond avec une rame prise en vitesse lente et un personnage. Ensuite, les étapes de retouche numérique puis de peinture étaient les mêmes que pour la série sur les toits : détourage, recomposition, retouche, projection et peinture.

Qu’est-ce qui est le plus long, le travail numérique ou la peinture ?
Je pense que c’est à peu près équivalent, c’est long ! Il m’arrive de passer plusieurs semaines devant l’ordinateur.

Photo panoramique de la plage du Touquet de Monique Wender
Le Touquet 10, 2018  © Monique Wender

On sent la photo derrière vos peintures, à l’inverse, vos photos, très retravaillées, présentent un aspect quasi pictural. Comment procédez-vous ?
Comme pour les peintures, je fais plusieurs photos, autrefois en argentique et aujourd’hui en numérique, que j’assemble. Pour la prise de vue, il y a plusieurs manières de faire : soit je pivote depuis un point fixe, soit je me déplace pour faire une espèce de travelling. Dans ce cas, il y a des répétitions, des problèmes de parallaxe mais moins de déformations. J’ai des lieux identiques, au Touquet par exemple, photographiés selon les deux méthodes avec la même optique, qui donnent des images totalement différentes. Ensuite, j’effectue tout un travail de manipulation de l'image : je déforme, je redresse les perspectives, je modifie les couleurs, je retouche, je rajoute des éléments, je filtre… J’essaie d’obtenir un effet pictural. L’image n’est plus vraiment réaliste mais ça reste de la photographie.
 

Pourquoi photographiez-vous les plages ?
En fait sur les plages, ce sont surtout les architectures et le mobilier qui m'intéressent. Ce sont des paysages semi-urbains. Hors-saison, il n’y a plus de jeux sur ces plages alors je photographie les gens.

Quels artistes vous inspirent ?
Je dirais tous les artistes de la figuration narrative et plus particulièrement Jacques Monory, c’est pour ça que je peins souvent en bleu. Et puis Hopper bien sûr qui a beaucoup influencé tous les artistes de cette mouvance.

Quels sont vos projets ?
Je mène actuellement deux projets en parallèle : une série de huit nouvelles peintures autour du canal de l'Ourcq qui en compte déjà six et une série de photos panoramiques des plages du Touquet.

Propos recueillis le 12 février 2019.

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